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Auto test de grossesse en vente en grande surface : Pour ou contre ?  
 

Le Sénat a autorisé jeudi 12 septembre 2013 la vente de tests de grossesse en supermarché, en adoptant un amendement du projet de loi sur la consommation, déjà adopté par les députés
en première lecture. Qu’en penser ?

 
 

 

 

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L'amendement, adopté dans le cadre du projet de loi sur la consommation, vise à ouvrir la vente de ces tests à la concurrence, et à en faciliter l'accès. Aujourd'hui, leur coût varie entre 7 et 20 euros, une somme non remboursée par la Sécurité sociale. Près de cinq millions de ces tests ont été vendus en 2012, ce qui représente un marché de plus de 37 millions d'euros. La vente d’un auto test de grossesse peut-elle se banaliser dans une grande surface ? Ou bien faut-il préférer une dispensation en pharmacie avec un conseil ? Le débat est ouvert. Le site automesure.com a recueilli des avis, les uns pour, les autres contre.

 

POUR : la réponse de Véronique Séhier, coprésidente du planning familial
La vente de tests de grossesse en supermarché devrait pouvoir permettre aux femmes d'y accéder plus facilement. Nous mêmes en distribuons gratuitement dans nos centres, y compris aux mineures, ce qui permet de leur expliquer comment cela fonctionne, et en l’occurrence que ces tests ne se font pas à n'importe quel moment. De ce fait, le pharmacien conserve un rôle de conseil très utile. Mais il est aussi essentiel que toute personne qui veut maîtriser sa fécondité puisse faire ces choix importants rapidement et en toute discrétion.
En supermarché, l'accès aux tests serait donc plus évident : en termes d'horaires, mais également de proximité. Je pense à ces zones rurales où la pharmacie la plus proche est relativement éloignée. Il y a aussi la question de la confidentialité. Certaines femmes n'ont pas forcément envie d'aller voir l'unique pharmacien de la commune, qu'elles connaissent. Et ce constat vaut aussi, sinon plus, dans certains quartiers difficiles. Et de toute façon, il y a des moments de sa vie où l'on a envie de garder ce genre de problématique pour soi.
Au-delà de la question de la discrétion et de l'accessibilité, se pose enfin le problème du coût : la vente en grandes surfaces pourrait permettre de faire baisser le prix des tests. Nous avions eu pratiquement le même débat au moment de la mise en vente dans les supermarchés de préservatifs.

 

POUR ET CONTRE : l’avis du Dr Françoise Müller, praticienne au service de Biochimie - Hormonologie de l'hôpital Robert Debré (Paris) et maître de conférence à l'université de Versailles – Saint-Quentin en Yvelines
Il faut tenir compte du fait qu'il y a deux types de clientes. D’abord les femmes qui désirent un enfant. Pour elles, c'est un moment de vrai bonheur, elles sont préparées donc, en pharmacie ou au supermarché, peu importe. Mais la problématique est bien différente pour celles qui ne souhaitent pas d'enfant au moment où elles achètent le test. Il faudrait donc connaître l'objectif réel de cette mesure. Vise-telle justement ces femmes qui redoutent une grossesse non désirée, à l’instar des adolescentes ? Si c'est pour une question de coût, rappelons qu’on ne fait pas X tests de grossesse dans sa vie. Ce n'est donc pas le prix qui va peser sur la décision d’en faire un ou pas. En revanche, il est vrai qu'il n'est pas toujours aisé, notamment en cas de crainte de grossesse non désirée, de se rendre dans la seule pharmacie de son village ou de son quartier, où le pharmacien nous connaît. Certaines femmes risquent, donc, de repousser le test. La vente en supermarché pourrait changer la donne. Quant à l'argument qui défend le rôle de « conseil » du pharmacien, on aimerait pouvoir y croire, mais tout le monde le sait : le test, vous ne le faites pas en pharmacie. Combien retournent, ensuite, dans l'officine pour savoir ce qu’il faut faire si le test s'est révélé positif ? Les plus jeunes en parlent à leurs copines, à l'infirmière du lycée, pas au pharmacien. Quoi qu'il en soit, une fois qu’on en arrive là, cela signifie qu'il y a eu toute une succession d'échecs dans l'information concernant la contraception : non usage du préservatif, de la pilule contraceptive, de la pilule du lendemain... Il faudrait donc plutôt revoir toute la réflexion sur l’éducation en amont, au lieu de se préoccuper du lieu de vente. Pour conclure, que l'on soit pour ou contre, il peut sembler gênant qu’une mesure qui engage quantités de décisions importantes soit ravalée au rang d’un paquet de pâtes. La pharmacie a au moins ce rôle de « barrière » symbolique : ce qui s'y trouve engage la santé, les femmes qui franchissent la porte d’une officine en prennent conscience. Ce qui n'est pas le cas en grande surface.

 

CONTRE : l’avis du Dr Yves Juillet, président de l'Académie nationale de Pharmacie
Lorsqu'une femme se pose ce genre de question, autrement dit qu'elle envisage l'achat d'un test de grossesse, elle est parfois en proie à une profonde inquiétude. Il peut s'agir d'une personne en situation de précarité ou issue d'un milieu social difficile. Dans ce cas, il est très important que, au moment où elle achète ce test, elle se retrouve face à un professionnel de santé qui l'écoute, la rassure et, surtout, lui rappelle qu'il est là pour lui donner des conseils, si elle en a besoin. L’échange ne doit pas forcément durer longtemps. Il y a souvent des clients qui attendent, mais il suffit d'un sourire en tendant le test, associé à des paroles bienveillantes, du type « N'hésitez pas à revenir nous voir si vous êtes inquiète », pour inciter la jeune femme à franchir de nouveau la porte de l'officine si le test se révèle positif. Dans ce cas, elle pourra être orientée par quelqu'un dont c'est le métier. C'est une question de santé publique. Quant à l'argument selon lequel le prix des tests baisserait, ce n’est pour l'instant qu'une hypothèse. Rien ne nous certifie que le coût des tests va réellement diminuer une fois ces produits disponibles dans les grandes surfaces. D'autant plus que la concurrence est déjà à l’œuvre entre pharmaciens, et que le prix des médicaments à prendre en automédication baisse progressivement dans les officines.

Sondage-Pour ou contre

 
 

Propos recueillis par Ariane Griessel, Tribune Santé pour le site automesure.com (Septembre 2013).

actualisation Septembre 2013